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Le PPRI.

Notre Avis

Le 25 Mars 2003, la Ministre de l’Ecologie et du Développement Durable rappelait que les crues de la Seine, dont on peut prévoir la survenance quelques jours auparavant, ne mettent pas en péril la vie des populations riveraines.

Dans l'ensemble, le P.P.R.I. n'améliore pas les conditions de sécurité dans les secteurs inondables, car il ne traite ni de protection, ni de prévention ou de sauvegarde, contrairement aux voeux du législateur ; il est élaboré sans véritable concertation avec les élus qui sont pourtant responsables de la sécurité de leurs concitoyens.
De la sorte, il est vécu très souvent comme une agression. En effet, des études techniques sont effectuées sur les communes par des bureaux d'études mandatés par les administrations de l'État, sans que les Maires en soient même informés ; les résultats sont envoyés par simple courrier sans tenir compte des projets de développement en cours, projets dont la dynamique est renforcée par les dernières lois de décentralisation. Les Maires ont ainsi le sentiment que le débat est tronqué et que la concertation n'existe pas. Leurs argumentaires basés sur la connaissance locale des intempéries et des crues butent contre le mur de " certitudes " des fonctionnaires départementaux de la D.D.E.., qui s'appuient sur des dossiers élaborés, par des techniciens, le plus souvent, étrangers au département. Pire, dans certaines situations, on voit ressurgir une tutelle des administrations sur le développement urbanistique des collectivités par l'intermédiaire des P.P.R.I. qui ne sont pas conçus comme un outil d'aide à la prévention des risques.
En conséquence, il semble fondamental, dans l'esprit des lois de décentralisation, que la disposition du P.P.R.I .soit établie dans le cadre d'une compétence " partagée " et que les collectivités ne soient plus consultées pour avis " simple " mais pour avis " conforme ".

Dans cette hypothèse, il est légitime, et les élus locaux sont prêts à l'assumer, que la responsabilité des décisions relatives au P.P.R.I. soit elle aussi partagée (entre les élus et le préfet) ;
- finalement, le P.P.R.I. se révèle, dans la majorité des cas, être un moyen de protection pour les administrations qui les instruisent. Il prévoit des dispositions standard, résultant de paramètres saisis sur ordinateur par des bureaux d'études extérieurs, paramètres inhérents à la crue centennale et ceci pour définir, après, par calcul, l'impact sur des cartes communales altimétriques sans tenir compte de ce qui se passerait réellement sur le terrain en cas de fortes précipitations.

Un des reproches majeurs fait à la méthode est, ainsi, l'absence de considération de la connaissance des élus, des anciens et des archives communales, dans l'incidence éventuelle des crues ou de fortes précipitations sur le relief du territoire communal.

La mise en place du P.P.R.I. pénalise souvent lourdement l'aménagement des territoires et compromet, pour certains, leur développement économique, pêchant par excès de précaution et de formalisme, sans pour autant améliorer réellement les conditions de sécurité.

La loi dite loi " Barnier ", a créé un chapitre intitulé " Mesures de sauvegarde des populations menacées par certains risques naturels majeurs ", codifié aux articles L.562-1 et suivants du code de l'environnement.

Ces dispositions permettent, dans les zones de population menacées par un risque naturel prévisible, de mettre en place des plans de prévention des risques (P.P.R.) qui comprennent diverses mesures de protection, de prévention et de sauvegarde.

Or, ces mesures se résument, dans la majorité des cas, à l'établissement de servitudes restrictives en matière d'usage de sol qui conduisent à des diminutions conséquentes des zones constructibles.

Conclusions sur le projet de PPRI des Yvelines
A l’issue d’une enquête publique menée par 9 commissaires enquêteurs pendant 43 jours consécutifs sur le territoire des 57 communes concernées par le projet de PPRI de la vallée de la Seine et de l’Oise dans le département des Yvelines

Après une étude attentive et approfondie du dossier mis à l’enquête suivie d’une réunion avec les responsables de la DDE des Yvelines représentant monsieur le Préfet des Yvelines afin de mieux comprendre les finalités et les enjeux de cette enquête,

Après que chacun des commissaires enquêteurs ait effectué la visite détaillée du secteur de terrain qui lui a été attribué pour l’enquête pour mieux appréhender les objectifs visés par le projet de PPRI, visualiser concrètement la topographie des lieux dans leur environnement et se rendre compte, pour chacune des communes impactée, des conséquences de ce PPRI,
Après que l’ensemble des commissaires enquêteurs ait reçu au cours des 94 permanences tenues dans les mairies des 57 communes concernées par l’enquête les habitants de ces communes venus consulter le dossier d’enquête et pour certains d’entre eux déposer des documents ou inscrire leurs observations;
Après que chacun des commissaires enquêteurs ait entendu, conformément à la réglementation, les maires des communes du secteur qui leur était attribué,
Après que la commission d’enquête ait, une fois l’enquête terminée :
- entendu lors d’une réunion tenue le 6 octobre 2006 dans les locaux de la DDE des Yvelines les réponses apportées par des responsables de cette DDE aux 29 questions formulées par la commission d’enquête,
reçu les éléments de réponse de la DDE des Yvelines, sous forme de commentaires et/ou avis technique, aux diverses problématiques des thèmes dégagés par la commission pour cette enquête.

Synthèse de la Commission d’Enquête

Sur la forme et la procédure de l’enquête :
Considérant que les conditions de déroulement de l’enquête ont respecté la législation et la réglementation en vigueur pour ce qui concerne les avis de publicité dans la presse et l’affichage dans chacune des 57 communes concernées par l’enquête,
Considérant que ces affichages maintenus et vérifiés tout au long de l’enquête sont attestés pat les certificats d’affichage des maires des communes concernées,
Considérant que les commissaires enquêteurs ont également vérifié au cours de leurs visites et/ou des permanences effectuées dans chacune des communes qu’ils avaient en charge la réalité de cet affichage,
Considérant que le dossier d’enquête mis à l’enquête, composé majoritairement de cartes était d’un abord facile et que sa composition tout comme son contenu étaient conformes aux textes en vigueur mais que son échelle, bien que réglementaire, rendait difficile ses conditions de compréhension, notamment par les particuliers,
Considérant que les permanences se sont déroulées dans d’excellentes conditions d’organisation et que la population a participé de manière très variable, selon les communes concernées, à cette consultation,

Dans son rapport sur les conditions d’organisation et de déroulement de l’enquête publique dans la ville de Poissy le Commissaire Enquêteur enregistre :

« installé dans un recoin de la mezzanine de l’Hôtel de Ville, ou le plan était affiché : lieu en fait sans aucun passage et suffisamment haut et écarté au dessus de l’accueil du hall d’entrée pour ne pas gêner celui-ci, ni être gêné par les échanges verbaux des visiteurs de l’Hôtel de Ville »

Cela montre le peu d’intérêt du Maire de Poissy pour le PPRI, et son cynisme pour ses administrés.

Sur le fond:
Considérant les 529 lettres ou observations relevées sur les 71 registres recueillis à l’issue de l’enquête,
Considérant également les 26 courriers directement adressés au Président de la commission d’enquête,
Considérant qu’il émane majoritairement de ces observations ou lettres :
- pour les particuliers, la crainte que leurs biens soient dévalués ou qu’ils ne puissent pas procéder à la reconstruction de leur habitation en cas de destruction par sinistre,
- pour les communes ou les entreprises, l’arrêt de tout développement économique et/ou de délocalisation des activités génératrices de ressources locales,
Considérant que, lors de la réunion du 6 octobre 2006 et en réponse aux 29 questions posées par la commission d’enquête, la DDE des Yvelines s’est efforcée de démontrer que le projet de PPRI mis à l’enquête était conforme à la réglementation et que les différences qui existaient avec les PPRI des autres départements parisiens étaient essentiellement liées aux particularités des Yvelines et notamment à sa densité décroissante au fur et à mesure que l’on s’éloignait de Paris,
Considérant que, dans les éléments de réponse qu’elle a, par la suite apportée aux thèmes dégagés par la commission, la DDE s’est attachée à éclairer la commission sur chacun des thèmes qui lui ont été soumis en approfondissant les points obscurs et/ou par trop techniques mais a maintenu globalement sa position antérieure, tout en reconnaissant ponctuellement des erreurs ou en apportant des assouplissements mineurs,

De tous ces considérants et après en avoir longuement débattu au cours de 7 réunions de travail, la commission d’enquête estime ce PPRI par trop rigide et de nature à léser injustement certains particuliers et/ou entraver, voire mettre en péril, l’activité économique de certaines des communes concernées par ce plan,
Mais la commission d’enquête estime également que, sans s’affranchir de la réglementation régissant les PPRI et des indiscutables impératifs de protection qui les sous tendent, il est possible, tout en en respectant l’esprit, de répondre aux attentes dignes d’être prises en considération.
Dans optique, la commission demande que le règlement soit revu dans le sens d'une plus grande souplesse, afin de tenir compte d'une inondation à montée lente et d'un bassin équipé de tous les moyens nécessaires pour faire des prévisions sûres qui donnent au moins 48 heures de préavis pour mettre en oeuvre les moyens de protections requis pour les personnes et les biens.
A l’unanimité la commission d’enquête donne donc un avis favorable au projet de PPRI de la Seine et de l’Oise dans le département des Yvelines, mais assorti des trois réserves (1) et des 6 recommandations (2) suivantes :

RESERVE N°1 :
La commission d’enquête demande à ce la Préfecture des Yvelines s’engage à ce que les erreurs ou incohérences constatées soient systématiquement corrigées et à ce que, dés lors qu’une contestation significative portant sur une erreur, une imprécision ou une incohérence est portée à la connaissance des services de l’Etat, il soit fait en sorte que ce soit ces services qui fassent opérer les vérifications nécessaires pour que les frais de géomètre ou d’expertise ne soient pas supportés par les citoyens mais soient mis à la charge de l’Etat (renversement de la charge de la preuve).

RESERVE N°2 :
La commission d’enquête demande, pour le maintien de l'activité économique et dans les villes bien desservies de la vallée de la Seine et de l'Oise, d'autoriser de construire sur pilotis pour les seules activités économiques en ne tenant pas compte du volume des bâtiments compris au dessus des PHEC. Il conviendrait pour ce faire de donner une nouvelle définition de l'emprise au sol rédigée comme suit :

"L’emprise au sol est définie comme étant la projection verticale au sol du bâtiment, hormis les débords (balcons…) et les parkings de stationnement inondables. Toutefois, pour le calcul de l'emprise au sol, ne sont pas pris en compte les bâtiments ou parties de bâtiments construits au-dessus de la cote de PHEC sur une structure ouverte de type pilotis qui ne porte pas atteinte aux capacités d'écoulement et de stockage des eaux."

Plus simplement, la définition de l'emprise au sol pourrait être la somme des surfaces des éléments d'un bâtiment qui sont construits sous les PHEC.
La limitation de la SHON limitant la surface construite aux activités économiques ne devrait donc pas se traduire par une multiplication de surfaces sur pilotis. A l'opposé, ll appartiendra à l’Administration d’exercer un contrôle régulier des espaces sous pilotis pour les activités de façon à y maintenir un libre passage pour les eaux.

RESERVE N°3 :
L’interdiction de reconstruire après sinistre en zone marron quel que soit le type de sinistre envisagé est de nature à spolier gravement et injustement les propriétaires concernés. Le caractère lent et prévisible des crues de la Seine et de l'Oise étant faiblement dangereux pour les vies humaines, il paraît inutile de porter un préjudice notable à des propriétaires pour une très faible incidence à long terme sur le volume des crues et une prévention d'un danger très relatif.
La commission ayant noté par ailleurs que les conditions de densité qui ont justifié la reconstructibilité dans la zone marron dans les Hauts-de-Seine et à Paris sont assez semblables dans la partie Est des Yvelines, notamment à Poissy et Villennes demande que la reconstruction, après sinistre soit autorisée en zone marron quel que soit le type de sinistre hormis, bien entendu si le sinistre est lié à la crue.

RECOMMANDATION N°1 :
Il semble que le projet de PPRI des Yvelines soit le seul PPRI de la région parisienne à avoir créé une bande de 25 mètres (zone marron) où s’applique une interdiction de reconstruction inconditionnelle du bâti existant que la réserve n°3 exprimée ci-dessus vise à faire disparaître. Une telle restriction posant le problème du traitement inégalitaire des populations soumises aux mêmes aléas et allant au-delà de la réserve exprimée, la commission d’enquête souhaite vivement la suppression de cette bande marron.

RECOMMANDATION N°2 :
Considérant la lente montée des crues de la Seine qui caractérisent les crues de plaine et afin de ne pas injustement pénaliser les activités économiques liées aux hébergements de courte durée facilement évacuables, la commission d’enquête souhaite vivement que le camping soit autorisé en bord de Seine selon des modalités qu’il conviendra de préciser mais que dispositions plus restrictives soient prises pour le caravaning pouvant aller jusqu’à l’interdiction pour les ‘mobil-homes’ compte tenu de leur caractère de semi-sédentarité.

RECOMMANDATION N°3 :
Les usines Renault dites de Flins situées sur la commune de Flins et surtout sur celle d’Aubergenville (à 80%) constituant indéniablement une zone de développement stratégique régionale, la commission d’enquête demande, qu’en fonction de l’étude hydraulique qui a été (ou sera) menée, soient définies des mesures correctives et compensatoires permettant à cette usine de pouvoir continuer à se développer sur le site actuel pouvant conduire, au même titre que le site de la plaine d’Achères-Poissy, à la considérer comme zone de développement économique stratégique afin d’y créer une quatrième zone indicée ( zone D).

Au-delà de ce site d’importance économique régionale, il convient également que les services de l’Etat prévoient des exceptions ou des dérogations pour les activités découlant de l’eau ou liées à l’eau, et en premier lieu, bien entendu, les activités de service public. Ainsi il ne paraît pas anormal ou dérogatoire que les services d’approvisionnement d’eau potable ou les usines d’épuration des eaux usées situées par destination à proximité des cours d’eau, puissent bénéficier d’exceptions afin d’être à même de continuer à assurer leurs missions de service public.
De même et dés lors qu’une activité économique quelle qu’elle soit, risque d’être menacée, voire disparaisse complètement, la commission d’enquête demande que les services de l’Etat fassent preuve de la plus grande souplesse, tout en garantissant la sécurité des personnes, pour assurer le maintien de cette activité ou lui permettre d’assurer raisonnablement son développement (agrandissements, parkings, etc…)

RECOMMANDATION N°4 :
Le PPRI n’apparaît être qu'une première étape pour la protection contre le risque d'inondation, qui doit être suivie de réalisations concrètes, non planifiées par ce document, et l’évaluation des PPRI mis en oeuvre met en exergue la nécessité d’établir un dialogue véritable, dans lequel la concertation n’est pas un vain mot et où le rôle essentiel des élus locaux est reconnu. Ainsi élus et administration pourront trouver un terrain d’entente sur le niveau de risque admissible, l’amélioration des conditions de sécurité dans les secteurs exposés et sur le caractère progressif et réaliste des prescriptions.
La prise en compte du risque doit pouvoir se faire dans la perspective du développement du territoire et non indépendamment de lui.
La commission d’enquête souhaite donc que des moyens adaptés à la situation de risque soient recherchés afin de permettre une véritable prévention à laquelle tous les citoyens doivent pouvoir prétendre

RECOMMANDATION N°5 :
L’application des diverses dispositions du PPRI mis à l’enquête va inéluctablement se traduire, quelles que soient les diverses propositions d’aménagement du règlement suggérées par la commission d’enquête, par des diminutions des droits à construire dans des zones où le SDRIF recommande une certaine densification.
La commission d’enquête recommande donc aux diverses communes<concernées par cette réduction des droits à construire, et, dans un souci de cohérence d’ensemble, de compenser le manque à construire imposé par le PPRI dans certaines zones, par une augmentation des droits à construire dans les zones non touchées par le PPRI, autant que faire se peut, lors de la révision - élaboration de leur PLU,

RECOMMANDATION N°6 :
La commission d’enquête recommande que le PPRI mette l’accent, partout où cela est possible, sur la revégétalisation des berges en favorisant leur reconquête et en y préconisant une continuité de circulations douces réhabilitant ou reconstituant le traditionnel « chemin de halage longeant la rive du fleuve ».


Ces recommandations et ses réserves devront être prises en compte par les autorités gouvernementales . Nous y veillerons !

 
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